Le Jeudi 8 octobre à 18h au Magasin, nous avons eu le plaisir de rencontrer l'artiste Olivier Mosset et de découvrir en sa compagnie l'exposition qui lui est consacrée : Portrait de l'artiste en motocycliste.
... quelques amis en compagnie d'Olivier Mosset...
.... portrait d'Oliver Mosset par Yan Pei-Ming, réalisé spécialement pour l'exposition et Olivier Mosset en vrai!...
Communiqué de presse - Septembre 2009 

Steven PARRINO, Untitled , 1993, Courtesy Art & Public, Geneva
Portrait de l’artiste en motocycliste 11 octobre 2009 – 3 janvier 2010 / vernissage le samedi 10 octobre 2009 à 18h
Donald Alberti, Carl André, Ian Annul, Janine Antoni, Matthew Antezzo, John Armleder, Art Club 2000, Richard Artschwager, Olivier Babin, Fia Backström, Donald Baechler, Francis Baudevin, Jérôme Beauvarlet, Lisa Beck, Ford Beckman, Joseph Beuys, Alexandre Bianchini, Mike Bidlo, Dike Blair, Philippe Bodenmann, Serge Bramly, Gavin Brown, Neil Campbell, François Chessex, Robert Colescott, Collectif 1m3, Michael Corris, Mark Dagley, Jamie Dalglish, Ricardo De Olivera, Steve Di Benedetto, Alain Dister, John Dogg, George Dupin, Gretchen Faust, Helmut Federle, Sylvie Fleury, Roland Flexner, Christian Floquet, Catherine Eyde, Jonathan Genkins, Fritz Glarner, Janine Gordon, Christophe Gossweiler, Dan Graham, Amy Granat, Timothy Greenfield-Sanders, Bill Gruner, Wang Guangyi, Raymond Hains, Marcia Hafif, Isabel Halley / Joana Avillez, Peter Halley, Stephane Huitmere, Nicole Hassler, Drew Heitzler, IFP, Alain Jacquet, Kyle Jenkins, Michael Jenkins, Kim Jones, Donald Judd, Allan Kaprow, Ben Kinmont, Yves Klein, Serge Kliaving, Jeff Koons, W.J.M. Kok, Joseph Kosuth, Frank Kozik, Stéphane Kropf, Alix Lambert, L/B, Bertrand Lavier, Louise Lawler, Louise Lawler/Sherrie Levine, Ange Leccia, Serge Lemoine, Lépicié d’après Jean-Baptiste-Siméon Chardin, Renée Levi, Sherrie Levine, Sol LeWitt, Russel Maltz, Christian Marclay, Jackie McAllister, Matthew McCaslin, Allan McCollum, Mathieu Mercier, Haley Mellin, Tom Merrick, Jonathan Monk, Elena Montesinos, Valentine Mosset, Grégoire Müller, Chuck Nanney, John Nixon, Cady Noland, Eric Oppenheim, Dimitry Orlac, Elisabeth Oser, Virginia Overton, Steven Parrino, Laurie Parsons, Nicolas Pasche, Yan Pei-Ming, Luciano Perna, Hugo Pernet, Gilles Porret, Philip J. Reilly, Delphine Reist, Bettina Rheims, David Robbins, Christian Robert-Tissot, Walter Robinson, Gerwald Rockenschaub, David Row, Claude Rutault, Lisa Ruyter, Frederic Sanchez, Adrian Schiess, Peter Schuyff, Michael Scott, Donald Sheridan, Tara Sinn, Howard Smith, Keith Sonnier, Walter Steding, Frank Stella, Valentina Stieger, Rudolf Stingel, Vincent Szarek, Blair Thurman, Jean Tinguely, John Tremblay, Li Trincere, Allan Uglow, Günter Umberg, Lily van der Stokker, Jean-Thomas Vannotti, Ben Vautier, Not Vital, Joan Wallace, Wallace & Donohue, Dan Walsh, Joan Waltemath, Andy Warhol, Stephen Westfall, Larry Weiner, Peter Young, Michael Zahn.
Le MAGASIN consacre son projet de rentrée au portrait de l'artiste Olivier Mosset. La forme, qui est celle de l'hommage, regroupe les œuvres de nombreux artistes sans jamais montrer le travail d’Olivier Mosset lui-même. Ces artistes appartiennent à toutes les générations confondues, de Carl André à Stéphane Kropf en passant par le collectif 1m3 ou Virginia Overton pour les plus jeunes. Figure incontournable de la scène artistique, Olivier Mosset entretient avec eux des liens de voisinage au sein d'une famille de même sensibilité artistique. Il collectionne leurs œuvres au début malgré lui, presque sans le savoir. Il pratique l’échange ou il achète, parfois pour les soutenir. Ce rassemblement forme aujourd'hui une collection dont il a offert la plus grande partie au Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds, d’autres œuvres étant déposées ou données au MAMCO de Genève, au Consortium de Dijon, ou encore à Tucson et dans bien d’autres endroits.
Les collections d’artistes sont à part. Elles nous éclairent sur l’environnement et l’œuvre de l’artiste qui collectionne d’autres artistes quand ils sont ses contemporains comme Damien Hirst, Martin Disler ou Günther Förg, ou sur un creuset historique dans lequel il puise inspiration et influence avec, par exemple, la collection de gravures maniéristes de Georg Baselitz.
L'exposition « Portrait de l’artiste en motocycliste » cherche donc à faire le portrait de l’artiste et de son parcours avec une sélection des œuvres qu’il a rassemblées. Cette sélection sera présentée dans des salles organisées autour de thèmes identifiés. L’une d’entre elles montrera ses racines, avec notamment les gravures de Chardin données chaque année par son grand-père à ses collaborateurs, ou le portrait de Grégoire Müller. Une autre rassemblera les portraits d’Olivier Mosset à travers les photographies de Steven Parrino ou la peinture à l'acrylique de Walter Steding. Une autre salle dévoilera les citations, emprunts et copies (Hugo Pernet). Les ensembles qui suivent déclinent les peintures monochromes, les pièces au sol, et le lien indéfectible de l’artiste au monde du motocyclisme.
Entretien de Olivier Mosset avec Yves Aupetitallot (En complément, la traduction française d’un entretien réalisé pour l’occasion avec Robert Nickas est disponible sur demande)
Yves Aupetitallot : Comment expliquer qu’à un moment l’artiste que tu es collectionne le travail d’autres artistes ?
Olivier Mosset : Des circonstances particulières sont à l'origine de cette "collection". Au départ, j'ai pris des œuvres à la place de l’argent qu’un marchand me devait. Par la suite, je me suis effectivement intéressé à l’idée de rassembler des œuvres de manière plus volontaire, à faire des échanges, ou même à acheter des trucs.
Y.A. : Ce qui veut dire choisir des artistes, choisir des œuvres à partir d’une idée de l’art !
O.M. : Je regarde ce que font les autres. D'ailleurs ce ne sont pas seulement les regardeurs, ceux qui ne sont pas artistes, qui font la peinture, l'art, pour moi, ce sont les autres artistes. Ce n'est pas parce que l'on fait soi-même quelque chose, qu'il faut oublier ce qui a existé (l'histoire de l'art), ou de ne pas regarder ce qui nous entoure. Bien sûr qu’au moment de l’accumulation des œuvres, la tentation est grande de jouer avec les signes de la propriété, de sa valeur et de son spectacle. Mais en ce qui me concerne, comme avec mon travail, il me semble que c’est à d'autres que je dois le repérage de cette histoire de collection, à un ensemble d’acteurs, d’artistes, de temps et de lieux où elle s’est mise en place.
Y.A. : Quelle est cette histoire ?
O.M. : Au tout début, en 1962 ou 1963, Eva Aeppli, la première femme de Tinguely m’avait donné quelques toiles avec des mots dessus: “Non”, “Merde”, etc. Je ne sais pas ce qu’elles sont devenues d’ailleurs. Puis j’ai eu une sérigraphie modifiée de JeanTinguely. Il me l’avait envoyée parce qu’il m’avait menacé avec un fusil pendant une dispute alors que je ramenais Niki chez lui. Je l’ai donnée à ma sœur comme une « nana » en plâtre qui a été cassée par un ouvrier pendant des travaux chez elle. J’ai eu une pièce de Arman que Daniel Spoerri m’avait donnée mais que j’ai vendue. J’ai eu un Toroni et un Buren qui n’étaient pas vraiment d’eux mais de moi puisqu’elle venaient de l’exposition de la galerie J où nous avions échangé les attributions et la propriété de nos pièces. Ma pièce avec un cercle qui était devenue entre ses mains un Daniel Buren a été vendue par lui à Roger Mazarguil qui s’interrogeait à l’époque sur son attribution. De mon côté j’ai perdu mon Buren/Mosset et mon Toroni/Mosset a été détruit après avoir été utilisé comme toile cirée, à la Duchamp inversé, un "reverse/ready-made". Le destin de ces pièces est lié directement à l’environnement théorique de cette époque où les questions de propriété, d’authenticité et d’attribution étaient tout à fait différentes et qui rendaient pour nous l’idée même de collection, de conservation inenvisageables. Pour autant nous avions les uns et les autres du respect pour nos positions d’artistes mais le statut matériel des pièces était tout à fait secondaire. J'ai aussi eu une boîte de soupe Campbell signée par Andy, que j'ai mangé. J'ai donné la boîte vide à un ami. Steven Parrino en avait une mais qui a explosé. J'ai eu une pièce de Ben Vautier « l'art est un mot » en échange d'une toile qui avait été exposée à Marseille. Bettina Rheims, chez qui j' habitais à cette époque a du la garder, ainsi qu'une affiche du Fox signée par Kosuth et un Nicole Gravier, je crois. Jacques Halbert, un élève de Dezeuze, qui peignait des cerises, avait fait un portrait et me l'avait donné. J'avais un Bernar Venet, « La bourse qui baisse », en échange de toiles faîtes à New York lors d'un séjour dans son atelier qu’il avait mis à ma disposition avant de l’occuper. Juste avant j’étais dans l’atelier de Vito Acconci qu’il avait prêté à Bettina. J'avais également un tableau de Pincemin, que j’avais échangé mais qu’il avait voulu garder pour le retravailler, puis finalement l’a détruit. Quand j’ai quitté New York j’ai laissé sur place le Venet et le Halbert que je n’ai pas retrouvés !
Y.A. : Ce début de rassemblement d’œuvres relève en grande partie de l’occasionnel. À partir de quand est-ce que tu t’engages dans une démarche plus construite ?
O.M. : Plusieurs choses. La première pièce que j'ai achetée directement, c'était ce poster de Stella, du « Attica Defense Fund ». Je l’ai acheté dans une galerie sur Lafayette, « Art for social change » ou travaillait Bob Nickas que j'ai rencontré à cette occasion. C’est Michael Corris qui m'avait indiqué cette galerie. Ensuite la première toile que j’ai achetée, une pièce « lourde », c’est le Steven Parrino "Slow Rot", une peinture peinte avec de l'huile de moteur sur de la toile brute avec un cadre dessiné au crayon. C'est Brigitte Engler qui m'avait parlé de quelqu'un qui faisait des monochromes mal tendus et leur donnait des titres de « motorcycle gangs ». Il exposait chez « Nature Morte ». Je ne me souviens plus comment je l'ai rencontré, mais il est venu dans mon atelier et j'ai visité le sien. Je crois qu'il était content de vendre cette toile. Il en avait besoin. Et John Armleder m'avait donné ce panneau bleu perforé de trous. Ensuite et surtout il y a eu le marchand John Gibson qui me devait beaucoup d’argent et qui était incapable de me payer. Il m’a alors proposé de me donner des œuvres ou bien je le lui ai proposé. J’ai en tout cas accepté un lot de pièces qui faisait l’embryon d’une collection. Le reste c’est de l’histoire, the rest is history. Comme je le disais, l'art c'est les autres, c’est ce qu’ils font ou ce qu’ils ont fait. Au début, si on fait de l'art, c'est parce qu'il y a des musées, des œuvres et d’autres artistes : « Wesen ist was gewesen ist ». Mon propre travail ne serait pas ce qu’il est et n’aurait pas la place qu’il a si d’autres ne s’y étaient pas intéressés. Cette « collection » existe à cause des autres, aux circonstances de mon itinéraire et de mes rencontres dans un milieu qui était alors assez restreint où on pouvait presque tout connaître. La collection comprend des pièces d’artistes d’une scène qui était relativement solidaire et ouverte sur ses différentes composantes. Si j’ai pu à New York acquérir des pièces de Marcia Hafif ou de John Nixon, j'ai pu rencontrer Julian Schnabel qui m’avait acheté une toile. Edmond Charrière, Steven Parrino, John Armleder, Sylvie Fleury et quelques autres ont relayé cette histoire. Je me suis intéressé au travail des artistes jusqu’à acheter des pièces parfois pour les aider tout simplement même si je n’ai jamais eu de moyens réels. J’ai acheté par exemple le Joan Wallace, un peu pour la dépanner, elle et son mari, parce qu’ils produisaient à ce moment là un film. Plus tard, j’ai racheté un Wallace & Donohue qui est passé en vente. Ce rassemblement d’œuvres est devenu une "collection" avec Edmond Charriere. Il a organisé une exposition "Collections d'Artistes" avec notamment les collections de Martin Disler et de Förg. Mes œuvres sont restées sur place et sont devenues une collection et moi un collectionneur !
******************************************** L’exposition est réalisée avec le concours du Musée des beaux-arts de La Chaux-de-Fonds qui présentera l’exposition du 21 mars au 12 septembre 2010 (vernissage le 20 mars à 17h00)
Biographie sommaire : Olivier Mosset est né en 1944 à Berne, il vit et travaille aujourd'hui à Tucson (Arizona). Membre du groupe BMTP en 1966 avec Daniel Buren, Niele Toroni et Michel Parmentier, il s'installe à New York en 1977. Bibliographie essentielle : Olivier Mosset : Travaux 1966-2003/Arbeiten 1966-2003/Works 1966-2003, Musée Cantonal des Beaux-Arts, Lausanne - Kunstverein St Gallen, 2003. __